La Triade de l’athlète féminine

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Dans le cadre de mon Diplôme Universitaire Nutrition Diététique et Santé, j’ai été amené à rédiger un mémoire sur le thème de mon choix et au cours de ma première année, j’ai choisi de réaliser une méta-analyse au sujet d’une pathologie souvent méconnue et qui touche pourtant beaucoup de sportive: La Triade de l’athlète féminine.

Cet article a pour but de présenter la maladie. Je me tiens à disposition si vous voulez avoir plus de précisions sur le sujet et si vous souhaitez connaitre les démarches à suivre concernant le dépistage, le traitement et la prévention de ce syndrome.

La Triade de l’Athlète Féminine? Qu’est ce que c’est?

Depuis les 20 à 30 dernières années, nous avons assisté à une augmentation de la pratique sportive chez les femmes.De nombreuses ligues professionnelles ont vu le jour et le niveau des compétitions a également connu une croissance marquée. Si l’on exhorte les athlètes à viser l’excellence, les entraîneurs, médecins d’équipe, prestataires de soins de santé, fédérations internationales et organismes sportifs dirigeants ont leur part d’obligation de reconnaître les contraintes, manœuvres et situations susceptibles de porter atteinte à la santé des athlètes.

Or, dans un monde où la fin justifie les moyens, les comportements extrémistes ne sont pas rares et bon nombre de sportives doivent faire face à la pression que représente le fait d’atteindre un poids ou une masse grasse irréaliste.

L’importance que les athlètes accordent à leur poids est parfois démesurée, voire malsaine. Certaines se lancent dans des régimes alimentaires draconiens et déséquilibrés, au risque de sombrer peu à peu dans des graves troubles de l’alimentation.

Ces dérèglements alimentaires peuvent à leur tour déboucher sur une faible disponibilité en énergie (à savoir un apport énergétique qui ne suffit pas à répondre à la dépense énergétique), ce qui peut perturber le cycle de reproduction et entraîner une aménorrhée. L’association entre ces troubles alimentaires et cycles menstruels irréguliers finit par provoquer une diminution des œstrogènes endogènes et autres hormones, ce qui occasionne une baisse de la densité minérale osseuse d’où l’expression « triade de l’athlète féminine ».

C’est en 1992 que la relation entre ces 3 composantes a été mise en évidence chez les athlètes pratiquant une activité où le poids , et surtout la minceur, fait partie des critères essentiels.

Cette problématique a été définie pour la première fois en 1997 par l’American College of Sports Medecine.

Les 3 composantes de la Triade

La disponibilité énergétique (chez un sujet atteint ou pas de troubles du comportement alimentaire), l’aménorrhée (absence de menstruations depuis plus de 90 jours) et l’ostéoporose présentent des risques chez la femme et la jeune femme avec des conséquences parfois irréversibles ce qui souligne l’importance de la prévention, du dépistage précoce et du traitement.

Toutefois, les patientes atteintes ne présentent pas toutes les composantes à un moment donné. La présence d’une seule ou de deux des composantes augmentent le risque de maladie à long terme.

C’est pourquoi l’American College of Sports Medecine a révisé sa position en 2007 afin de tenir compte du continum entre l’état sain et la maladie.

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Le triangle bleu présente les 3 composantes chez le sujet sain. Il démontre que l’énergie disponible permet le maintien de la santé osseuse et le développement osseux:

     * en préservant indirectement le maintien des menstruations et la production d’œstrogène qui restreint la résorption osseuse,

     * en stimulant indirectement la production d’hormones qui permettent la formation de l’os.

Dans ce cas-là, les athlètes présentent souvent une densité osseuse minérale supérieure à la moyenne, pour un âge correspondant.

Le triangle violet présente les 3 composantes pathologiques de la triade pour un athlète en activité sur une période prolongée, sans augmentation de la disponibilité énergétique, suivant un régime restrictif ou présentant des troubles du comportement alimentaire.

On note que la faible disponibilité énergétique détériore la santé de l’os et son développement:

     * en induisant indirectement une aménorrhée et une baisse d’œstrogène ayant pour rôle de limiter la résorption osseuse,

     * en supprimant indirectement les hormones nécessaires à la formation de l’os. Dans ce cas là, la croissance minérale de l’os ayant ralentie ou cessée depuis trop longtemps, la densité minérale de l’os chez l’athlète est inférieure à la moyenne, pour un âge correspondant et une ou plusieurs fractures de stress peuvent survenir.

Ainsi, l’oligoménorrhée (cycles à intervalles supérieurs à 35 jours) peut remplacer l’aménorrhée , l’ostéopénie (baisse de la densité osseuse) peut remplacer l’ostéoporose.

Quoiqu’il en soit, les experts s’entendent pour dire que la disponibilité énergétique est la pierre angulaire de la triade.

L’essentiel de ce syndrome est donc lié à une déficience calorique.

Quelles sont les conséquences sur la santé?

     * Troubles psychologiques

Avec ou sans troubles alimentaires, les complications de la Triade peuvent être importantes. Les conduites alimentaires restrictives peuvent être associées avec des problèmes psychologiques qui soulignent une difficulté à devenir adulte. L’anorexie et la boulimie constituent les TCA les plus caractérisés. Le déni fréquent des troubles nécessite parfois un temps d’approche plus long pour éveiller la conscience de cette souffrance et permettre une aide thérapeutique. Bien que 83% des patientes anorexiques guérissent plus ou moins totalement, le taux de guérison définitive (normalisation du poids, du comportement et du cycle menstruel) n’est que de 33%.

     * Troubles de la reproduction

L’aménorrhée est associée à une infertilité. La levée progressive de l’inhibition gonadotrope entraîne une ovulation qui précédera le retour des règles, sauf si cette ovulation est associée à une fécondation avec pour conséquence une grossesse diagnostiquée d’autant plus tardivement que le signe de retard des règles est absent. L’aménorrhée ne dispense donc pas de discuter de contraception avec son athlète.

L’insuffisance lutéale, souvent associée à des cycles menstruels réguliers chez la sportive abaisse le taux de fertilité en raison des perturbations de la folliculogénèse ou des échecs d’implantation.

     * Troubles de la fonction endothéliale

L’hypooestrogénie est responsable chez les sportives aménorrhéiques de troubles de la fonction endothéliale, c’est à dire d’une absence de vascularisation secondaire à la sécrétion physiologique de monoxyde d’azote par les cellules endothéliales. La vasomotricité dépendante de l’endothélium est déficiente chez les sportives aménorrhéees ce qui peut réduire la perfusion des muscles au travail.

L’hypoestrogénie altère aussi le métabolisme oxydatif au niveau des fibres musculaires squelettiques (diminution de récupération après l’exercice), dégrade le profil lipidique dans un sens athérogène (augmentation du cholestérol total, du LDL cholestérol, des ApoB) et induit une atrophie urogénitale (cystite, sécheresse vaginale).

     * Troubles musculo squelettiques

L’incidence des fractures de stress est nettement plus élevée chez les sportives qui présentent des troubles du cycle menstruel, avec un risque relatif de 2 à 4 fois supérieur chez les sportives en aménorrhée par apport aux athlètes euménorrhéiques.

Les troubles menstruels augmentent le risque de blessure. En effet, la perte de densité osseuse est proportionnelle au nombre de cycles menstruels perdus. Si le nombre de cycles « oubliés » entre la ménarche et l’âge de 19 ans dépasse 40, la densité minérale osseuse peut diminuer jusqu’à 30%. Or, il a été constaté que la reprise des menstruations et la prise de poids ne restaurent pas la densité minérale osseuse.

Chez les adolescentes présentant une faible densité minérale osseuse  dû à une aménorrhée secondaire, une oligoménorrhée, un hypogonadisme causé par une baisse de la disponibilité énergétique, ou un faible taux d’œstrogène, on note une diminution de l’accroissement osseux qui empêchera l’acquisition du capital osseux. Sachant que ce capital osseux commence à diminuer vers l’age de 25 ans, la perte se manifestera à la pré-ménopause et des conséquences désastreuses apparaîtront à la ménopause. Lorsque la triade survient au moment de la puberté, c’est à dire lorsque la masse osseuse définitive n’est pas constituée, ces jeunes sportives rentreront dans la vie adulte avec un déficit osseux et un risque augmenté de fractures osseuses tout au long de leur existence. La perte osseuse peut être irréversible et une mauvaise acquisition de la masse osseuse à l’adolescence peut donc avoir des effets irréversible sur la santé de l’os.

Je m’excuse pour la longueur de l’article que j’ai essayé de réduire et de rendre accessible à tous mais le sujet est complexe et il m’est difficile de faire l’impasse sur certains aspects de la pathologie.

Je peux bien évidemment vous fournir les références sur lesquelles je me suis appuyées pour rédiger mon mémoire, n’hésitez pas!

A bientôt!

 

 

 

 

 

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